La Magie
I) Notes de travail
Il nous a été donné de rencontrer des êtres qui ont fait preuve de capacités défiant l’entendement et l’ordre naturel des choses tel qu’on croit le connaître. Le kromol possède des os que l’on peut forger, les hauts nains vivent près de mille ans, sans parler des elfes ou des vilzains…
Mes amis et moi-même avec le temps et les rencontres avons développé des capacités que l’on peut qualifier de surnaturelles. Pour ma part, j’en parlerai comme d’un don, lié à notre nature, comme ceux des vilzains sont liés à leur race. Ces dons ne sont en général pas accessibles par le savoir, ni transmissibles à une tierce personne.
Je distinguerais ces « dons » d’événements surnaturels auxquels nous avons assisté, comme l’apparition de la Sentinelle de la Mort, ou le fait qu’un chariot en pleine course parvienne à s’élever dans les airs. Vous conviendrez avec moi qu’il n’est pas dans la nature d’un attelage de faire de telles choses. Il doit donc s’agir d’une intervention extérieure, d’une puissance non naturelle, que j’appellerais « magie » à défaut d’un terme plus approprié.
Pour autant que nous en sachions, cette « magie » est l’apanage des Parcheminés, qui en firent un usage dévastateur lorsqu’ils mirent sur pied un armée de non-morts qui déclencha la colère des Dieux et mena au cataclysme connu sous le nom d’Hysteria.
Ces Parcheminés peuvent également puiser l’essence naturelle de la Prénommée pour la transmettre à une autre personne que son propriétaire légitime, comme j’en fus la victime.
Si l’on peut résumer avec ces deux exemples, on pourrait dire que la magie est un art qui permet d’attribuer une faculté à un être ou une chose qui en est généralement dépourvu. Pour cela, il faut prendre cette faculté ou cette essence à quelqu’un. C’est sans doute de là que provint le courroux des dieux lorsque les Parcheminés redonnèrent vie à des milliers de cadavre. Il a fallu puiser cette ressource quelque part. La puiser dans la terre, ou peut être dans les Dieux eux-mêmes.
On peut donc définir la magie comme une source de pouvoir particulièrement dangereuse et maléfique, car elle conduit immanquablement au déséquilibre du monde, à plus ou moins grande échelle, plus ou moins vite.
Au contraire les pouvoirs propres (dans les deux sens du terme !) puisent leur énergie dans les êtres eux-mêmes, ou parfois dans des tiers qui feraient don de cette énergie, comme celle de la nature, peut-être dans le cadre d’un échange, d’une symbiose.
II) Fragment unilatéral d’une conversation sur la magie
La magie ? Je hais la magie, elle me fait peur, me repousse. La magie des Parcheminés, bien sûr, quelle magie sinon ? Les Parcheminés et leur dieu-frère, dont je me refuse à prononcer ici le nom.
Le monde est plein de danger, et mes compagnons, ma famille, mes amis ont bien des fois failli périr par la cause de maintes agressions. Périr est une chose. Etre anéanti en est une autre. Car il s’agit bien de cela, d’anéantissement. Si vous prenez un vilain coup de guisarme, votre peau, vos muscles sont tranchés, votre sang s’écoule et noircit la pierre. Votre cœur s’arrête, et vous mourrez. Tout rejoint la nature, et s’en va nourrir la vie. C’est pas de chance, mais c’est naturel, c’est comme cela. Mais la magie vous vole votre énergie vitale pour en faire quelque chose d’impie. Elle vous vole votre âme, la transforme, pour en faire du petit bois qui va nourrir un ignoble brasier, afin d’engloutir d’autres essences vitales.
J’ai vu de nombreuses choses extraordinaires dans ma petite vie, mais pour faire voler un chariot, quatre chevaux compris, combien d’âmes a-t-il fallu détruire ? Qu’a t-il fallu brûler pour parvenir à cela ?
Non, il n’en n’est pas ainsi de toute choses, et ce n’est pas parce que je tue un homme qu’il est anéanti. Je le tue dans un but, quel qu’il soit. Il se trouve entre moi et ce but, je le tue, c’est tout. Mais je ne vole pas ce qu’il a en lui pour en nourrir quelque chose qui ne devrait pas exister. Mettez-vous bien cela dans le crâne.
Tel que vous me voyez, j’ai été marqué par cette magie, elle a failli m’emporter… Mais s’il ne s’agissait que de cela. Elle a failli emporter le monde, comme elle l’a déjà fait. Et ceux qui ont fait cela sont toujours là. Pourquoi ? Hein, Pourquoi ? Est ce que leur magie leur a permis d’échapper au châtiment, à celui de la nature, la juste sanction de l’ordre des choses ? S’enfoncer encore plus loin dans la noirceur permettrait d’échapper au courroux ?
Mais pourquoi pas, après tout… La magie fait-elle partie de la nature comme le mal est indissociable du bien… Un complément, un équilibre, mmmh ? Je ne crois pas, d’équilibre il n’y a point dans ces sombres arcanes, la balance est inconnue du Parcheminé, et il n’en a cure. Il ne recherche pas la vérité, ou l’origine, mais le pouvoir, l’avènement de son art. Est-ce un but en soit ? Je ne sais pas. Le contrôle du monde ? Pourquoi faire ? Régner sur une armée de cendre, est-ce une gloire, une accomplissement, une jouissance ? Le Néant est le fait d’un Seul, et ne peut être le fait d’un groupe comme les Parcheminés. Je pense que le monde ne sera qu’un réservoir d’essence vitale, pour aller ailleurs, voir plus loin, par delà l’éther. C’est cela leur but, j’en ai aujourd’hui la conviction. S’ils sont encore là, c’est qu’ils ont échoué justement, à migrer vers ailleurs. Ils se sont regroupés, exercent à nouveau leur art, et comptent bien réussir cette fois.
Vous nous quittez déjà ? Bon…
Ha oui, un dernier conseil à valoir, disons, sur une vie future : la prochaine fois qu’un dénommé Raïm Alaken vous confie une tâche, ne venez pas tenter de l’accomplir à Feuillat.
Elinaël