Une légende de Feuillat


La légende raconte qu’en l’an 154 dans le vallon d’Orniera, un vassal du mentor s’éprit éperdument de la femme de son maître. Les saisons passèrent, l’amour qui lie désormais nos deux jeunes amoureux se forge d’un temps passé dans la dureté d’un mentori isolé. Nul n’ignorait cette liaison et le mentor AKRUL, appuyé sur sa trentaine d’années continuait à diriger son vallon semblant ignorer cette infamie qui minait doucement mais sûrement son autorité et sa crédibilité.

Le temps érode la résistance et l’agonie lente et lourde s’abattit sur le mentor qui finit par laisser sa couche aux amoureux aveugles d’une tragédie imminente.

A l’aube de l’an 158 Olinia portait le fruit de son amour et des ses ébats quotidiens, désormais connus de tous. Dans sa déchéance, AKRUL semblait n’attendre plus que l’issue fatale et inexorable de la mort mais l’annonce de cet « heureuse événement » réveilla l’homme de pouvoir qui résidait en lui. Mais seule, subsistait en lui l’amertume d’un homme que l’amour a mutilé. Conscient de son état, et désireux d’en finir au plus vite, il projeta le plus noir dessein à l’encontre de son épouse et de son soupirant. Le soir des couches, il mis à exécution sa sombre besogne. Il empoisonna celui qui avait détruit sa vie, se délectant de le voir se tordre de douleur, tant son corps souffrait de la toxine, tant son cœur saignait de savoir que jamais il ne verrait celle ou celui qui serait son enfant.

Revigoré de cette douleur infinie, il pénétra furtivement dans la chambré animée des cris de douleurs de sa femme accouchant. Il attendit sagement que les cris de l’enfant remplacent ceux de la mère, et ce moment venu il s’empara de sa fille qu’il n’aurait jamais et fuit. Courant, courant des heures et des heures, son visage griffé, lacéré, giflé par les branches et les ronces, entraves à sa course folle vers une destination aveugle.

Ses larmes salées amplifiaient la douleur qui irradiait son visage, le visage d’un homme tenant dans ses bras ce petit corps, vestige d’un amour déchu, comme un homme portant ce qui le relie à l’humanité à bout de bras. La fatigue vient à bout de tout homme. Il s’effondra, implorant les dieux de lui venir en aide. Une feuille flottant comme un navire étrange vint se poser juste sur le front de l’enfant transi de froid dont nul cri ne vint troubler l’irréel spectacle. Voyant en cela une réponse des dieux, il posa son funeste butin au creux d’un arbre dans un lit de feuille et s’endormit au côté de cet enfant qui ne serait jamais le sien.

Il ne se réveilla plus. Sa femme se jeta du haut de leur manoir. La légende rapporte qu’elle serait tombée telle une feuille, virevoltant au gré des vents pour disparaître dans les flots noirs d’une nuit d’automne.

Des années plus tard, un homme revendiqua le territoire et lui donna le nom de Feuillat.

Spirium