La Geste du barde Senestre
Enfant rejeté par ceux-là même qui lui devaient courage,
Point de ressentiment, ni même de rage,
Le barde Senestre gardait la flamme de l'espoir.
Le musicien voulait aux siens donner à croire,
Croire en son talent d'enchanter leur sens
Avec un instrument qui les mettraient en transe.
Le barde la chercha dans tout le pays
La guitare qu'il donnerait à ses parents chéris
En preuve unique d'amour filial,
Et de leur cœur laver tout le mal.
Dans la grande ville du Nord, un jour enfin,
Le barde vit l'instrument de son destin
Unique, une guitare vraiment hors pairs
Fut offerte à la princesse pour son anniversaire
Le barde Senestre tomba en pâmoison
Et l'objet à corde devint son obsession.
Il n'eut de cesse de chercher à gravir
La société qui l'y devait conduire
D'arrache-pied, longuement il oeuvra,
Et dans la ville haute une boutique créa
Un beau jour elle lui donna le succès
Dans les nobles sphères enfin il parvenait.
La princesse il courtisa et elle lui succomba,
Ainsi autour de son objet il étendit son bras.
Mais pour en disposer il n'avait d'autre choix,
Et un soir la jeune femme promptement il égorgea
Il prit la fuite, la guitare pour tout bagage,
Et retrouva les siens en son premier village.
Débordant de bonheur croyant leur cœur comblé,
Ils ne lui firent cependant pas l'accueil escompté
Toujours moqueries de ces vils gens ils subit
Et son père de l'instrument fit presque des bris
Sur la tête même de celui qui lui offrit
Devant ce spectacle et sous le coup abruti,
Pour parachever son œuvre, ses parents occit.
Des entrailles des cadavres répara l'instrument
Et ainsi consolé reprit son chemin gaiement.
Sur la tombe de la princesse pour jouer il retourna,
Le barde que l'histoire, je ne sais pourquoi,
Du Sud au Nord, de l'Ouest à l'Est
Depuis ce temps, nomme Senestre.
Elinaël